La lumière au bout

Lumière

Je montais en queue de rame. Il y avait peu de personnes autour, je m’assis et sortis mon livre.
A la station suivante, des personnes sortirent et d’autres entrèrent, je sentais les présences mais j’étais absorbée par ma lecture. Le calme régnait.
Je levais la tête et regardais le plus loin possible devant moi, quelque chose m’interpelait mais je ne savais pas quoi. Je traînais mon regard de-ci de-là puis replongeais dans les mots.
Je ressentis comme une décharge et levais à nouveau la tête, je quittais mon siège et m’avançais un peu dans le couloir pour scruter le début de la rame. Je continuais mes pas, attirée comme un aimant. Je ne voyais pas les gens alentour, je tendais mon corps en fixant l’horizon.
Plus je m’approchais, plus je percevais des picotements dans mes membres. je stoppais et repris mon souffle, j’aurais voulu m’asseoir et continuer à lire mais une force me tirait et j’obtempérais. Je pressais le pas pour parcourir ma progression vers l’avant.
J’étais arrivée devant les tous premiers sièges de la rame. Personne ne levait les yeux vers moi. Je me retournais : des effluves sombres flottaient, des formes difformes se mélangeaient puis se séparaient, s’enlaçaient, se détachaient, se reprenaient. Les gens étaient gris, ternes. Mais devant, là où je me trouvais maintenant, c’était des étincelles blanches que je voyais, je détectais un champ magnétique clair et frais.
Je restais debout à regarder chaque personne, tout le monde souriait. Moi-même, je sentais que j’étais en train de sourire. Je m’assis et dévisageais la personne en face de moi, elle ne semblait pas gênée par mon regard, j’avais l’impression qu’elle ne me voyait pas. Je fermais les yeux quelques instants. Tout mon corps vibrait intérieurement, c’était agréable, ma respiration apportait un souffle énergique en moi. En ouvrant les yeux, je distinguais des anneaux de couleurs entourant la tête et le corps de mon vis-à-vis. La personne à côté de moi était aussi cernée de couleurs, puis celle en face d’elle et dans le carré de l’autre rangée ainsi que celle adossée à la porte et encore celle tenant la barre centrale.
Je m’appliquais à regarder ces auréoles et je suivis leur trajectoire, je me rendis compte qu’elles partaient toutes d’un même point : lui.
Nos regards se croisèrent et il me sourit en découvrant des dents étincelantes qui me firent cligner des yeux, mon cœur s’accélérait, mes tempes cognaient, j’eus chaud puis froid. En un éclair, je me sentis happée et projetée vers lui comme si j’allais fondre mon corps dans le sien.
‘Au prochain arrêt, terminus’.
Les freins crissèrent, le RER s’arrêta, la porte s’ouvrit.
À cet arrêt, je sus que j’allais le suivre.

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