Du café et des gâteaux

Tartelettes

Je te quitte.
Il n’avait dit que ces mots et avait raccroché. Six mois de ma vie venait d’être jetés comme ça, sans explication. J’avais essayé de l’appeler plusieurs fois mais il ne répondait jamais. J’avais laissé plusieurs messages vocaux. Sa seule réponse était le silence. J’étais allée chez lui. Personne. Durant une semaine, j’ai harcelé son répondeur et sa porte d’entrée. J’ai questionné ses amis. Ils ne savaient rien. Je ne connaissais pas sa famille qui vivait à l’étranger. Parti. Volatilisé. Les semaines et les mois passèrent, sans aucune nouvelle de lui.

La société pour laquelle je travaille venait d’être rachetée. J’ai été mutée dans une autre ville.
Nous attendons un important client pour la réunion trimestrielle. Tout doit être parfait, nous n’avons pas droit à l’erreur. Après plusieurs heures de négociation, nous avons remporté le contrat.
Cet après-midi là, un couple vient visiter une maison. Nous avons rendez-vous à l’adresse de la demeure. Je l’ai tout de suite reconnu. Les mois ont passé mais tout est frais dans ma mémoire. Ils ne sont pas intéressés. Nous nous séparons sur le parking. Je suis restée plusieurs minutes, assise dans ma voiture, à l’arrêt. J’ai ouvert leur dossier pour noter l’adresse.
J’ai pris deux semaines de congés. Je me suis familiarisée avec leur rythme de vie. Sa femme ne travaillait pas, il partait tôt et rentrait tard. Ils ne sortaient pas le week-end. J’ai prolongé mon congé pour avoir un planning plus long de leurs habitudes. Un mois plus tard, j’ai provoqué un contact. Un matin, je me gare dans la même rue que lui et je marche à quelques mètres derrière, sur le même trottoir. Il rentre dans une boutique, j’attends en me dissimulant derrière la vitrine. Lorsqu’il sort, je me poste devant lui. Après un regard, il avance sur le trottoir sans se retourner. Je l’appelle mais il ne répond pas. Je cours après lui et je lui attrape le bras : tu pourrais me dire bonjour !
Mais je ne vous connais pas madame.
Tu ne me connais pas, ah oui tu ne me connais pas !
Je crie, le visage tout près du sien.
Vous êtes la femme de l’agence immobilière non ? qu’est-ce qui vous prend de vous énerver et de me tutoyer ?
Alors, je lui crache toute ma rancune et mon chagrin. Il soutient qu’il ne me connaît pas et que je le confonds avec un autre. j’insiste, je parle des moments partagés, des souvenirs. Il se met en colère et me demande de le laisser tranquille mais je continue de crier, de pleurer.
Ça suffit maintenant. Foutez-moi la paix. Je ne vous connais pas. Après avoir détaché chaque syllabe des derniers mots, il me lance un regard foudroyant et s’éloigne.
Abasourdie, dévastée, je reste plantée en le regardant partir.

J’ai passé des jours à y réfléchir. Je voulais qu’il souffre. Lui aussi.
Je sonne à la porte d’entrée. Elle me reconnaît : c’est très gentil à vous de vous déplacer, un coup de fil aurait suffi. Vous avez une autre maison à nous proposer ?
Autour d’une tasse de café, je la mets au courant.
Voulez-vous des gâteaux avec votre café ? je vais en chercher.
Je reste étonnée de sa réaction.
Quelques secondes plus tard, je sens un objet froid entre mes omoplates et une voix glaciale me dit :
Je sais très bien qui vous êtes, une de ces pétasses dont mon mari est friand. Il n’a fait que ça pendant toutes ces années de mariage, coucher avec des petites connes. Ça m’a coûté cher de le faire suivre !
Je suis pétrifiée. Elle me tire par les cheveux, m’entraîne dans une pièce et me pousse sur le lit, l’arme braquée en direction de ma tête. Sa main fouille dans un tiroir sans me lâcher du regard. Puis elle me bâillonne, me ligote et m’enferme dans un placard. Je l’entends s’affairer, ses pas se rapprochent et s’éloignent, des objets sont tirés. Elle a mis très fort la musique.
Je ne sais pas quelle heure il est lorsque la porte du placard s’ouvre. Je cligne des yeux à cause de la lumière. Ils me regardent tous les deux. Il s’approche de moi et enlève le scotch collé sur ma bouche.
Fais attention Dimitri, elle a un révolver, elle sait tout !
Il y a un malentendu, je ne suis pas Dimitri. Pourquoi êtes-vous venue la menacer avec une arme ?
Je bredouille que je n’ai rien fait.
Je vais appeler la police madame.
Mais je n’ai rien fait ! c’est elle qui m’a menacé avec ce révolver, c’est elle ! vous êtes fous tous les deux, laissez-moi partir !
Il me fait sortir et m’emmène dans le salon. Il prend un album photos, l’ouvre à une page et me le tend. En tremblant, je regarde les photos : Dimitri est mon frère jumeau, c’est un dragueur, il ne peut pas s’en empêcher, il les lui faut toutes. Son mariage n’a rien changé. En plus, il a épousé la femme de ma vie.
En disant ces mots, il s’approche de la femme et lui prend la main : je ne sais pas ce qu’il vous a promis et je m’en fiche mais s’il y a une victime ici, c’est elle. Je m’effondre en boule sur le sol : il m’a appelé pour me dire qu’il me quittait… je ne savais pas qu’il avait un frère jumeau.
Vous n’êtes pas la première ni la dernière à qui il fait ça.
Il est où maintenant ?
Je n’en sais rien, sûrement dans un autre pays.
Elle, elle reste muette et elle me fixe.
Mais alors vous êtes toujours mariée avec lui ?
On s’en fiche, c’est ma femme, mariée ou pas.
Mais c’est votre frère !
C’était !
il la regarde.
J’ai retrouvé sa trace en France. Je savais qu’il voyait encore une femme. Encore une. Et que ça serait toujours comme ça. Ça devait finir.
Il la regarde.
Je lui ai dit de vous appeler. Il a pleuré. Il vous aimait vous savez.
Elle rit. Je pleure. Il la regarde.
Et je l’ai tué avec ce révolver, cette ordure !
En un bond, il attrape le révolver et lui tire une balle en pleine tête et une autre en plein cœur. il retourne l’arme contre lui, le canon dans la bouche.
Sans le talent de mon avocat, j’aurais pris perpète.

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