Le justaucorps

Danseuse de hula hoop

Sur le fleuve, une péniche éclairée par des guirlandes. Des voix, au son de la musique, s’entrechoquent. On chante, on danse, on rit. Je suis sur le pont et je les regarde passer. Je lève mon verre invisible pour trinquer à leur santé. Je suis longtemps des yeux le bateau festif, tout illuminé dans le jour éteint, jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’un point à l’horizon. Quelques badauds traînent, la douceur du crépuscule les retient sur l’asphalte. J’enlève mon sweat, mon jean et mes baskets puis je les range dans mon sac à dos. Je me retrouve en justaucorps pailleté. Un couple à ma hauteur me dévisage avec étonnement. Je leur souris et ils s’arrêtent, curieux. Je saute lestement sur la rampe du pont. La femme pousse un cri et l’homme avance les bras pour m’agripper mais je me décale prestement pour lui échapper. Des personnes regardent de loin et d’autres viennent vers nous. Je fais des bonds gracieux sur la rampe, une musique rythmée s’élève de mon sac. Je virevolte, je me déhanche sensuellement. Des applaudissements, et quelques frayeurs, m’accompagnent à chaque entrechat. L’attroupement grandit au fur et à mesure. Il est bientôt impossible de circuler de ce côté du trottoir. Des flash crépitent, des ‘oh’, des ‘ah’ fusent. Mon corps seul est présent. Je flotte mentalement dans une autre dimension. Des sirènes, qui se rapprochent, hurlent. Deux voitures de police stoppent. Leurs occupants courent vers la rampe et m’ordonnent de descendre. Ils crient aux spectateurs de s’éloigner. Ils en bousculent même certains. Mais personne ne part. l’un des policiers se baisse pour éteindre la musique. Au même moment, je suis débranchée. Je me fige sur la rampe, les deux pieds joints, les bras en croix. Il n’y a plus aucun bruit. Les yeux des badauds et des policiers me fixent. Je regarde le ciel en tendant les bras au dessus de ma tête, je plie les jambes en ramenant mes coudes à hauteur de mes genoux. Avant que le policier le plus proche frôle ma jambe, je quitte la rampe en tournoyant et je disparais sous l’eau.
Ça n’a duré que quelques secondes. La foule s’est ruée contre la rambarde, les policiers ont appelé les pompiers et le Samu. Certains regardent si un corps remonte à la surface de l’eau. Deux minutes passent.
La voilà !
Un tonnerre d’applaudissements me salue. Il en profite pour ramasser mon sac et détale à grandes enjambées. L’un des policiers donne l’assaut mais il s’évapore. Je nage sous l’eau et j’accoste plus loin. Mon acolyte arrive avec mon sac. Il a enregistré toute la scène avec son portable.
Le lendemain, le buzz fut mémorable.

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