J’ai tout vu

yeux et orbites

Il est tard mais je n’arrive pas à dormir. Comment pourrais-je ? Il risque de passer sa vie en prison alors qu’il n’a rien fait. J’ai tout vu et je n’ai rien dit. Je suis complice de son malheur. Il me suffisait de parler pour le sauver. Si seulement il n’était pas tombé amoureux de cette fille… moi, je l’aime depuis toujours. Alors je suis partie pendant que la police lui passait les menottes. Elle, elle pleurait et s’accrochait à lui. J’ai des remords. Comment vais-je vivre avec ça sur la conscience ? Je dois dire la vérité. Il n’est pas trop tard. Et si je lui sauve la vie, peut-être m’aimera-t-il ?

Il tremble. Il est livide. Elle est au premier rang. Je suis au dernier. Ils ont fermé les portes de la salle d’audience. Le jury est entré puis le président et ses assesseurs. La séance est ouverte. L’avocat de chaque partie a plaidé, les témoins se sont succédé. Lorsque le président a demandé si quelqu’un avait quelque chose à déclarer, je me suis levée : monsieur le président, j’étais présente, je peux vous donner tous les détails, je peux vous décrire l’assassin. Ce n’est pas lui, je le jure.
Il ne savait pas. J’étais cachée par l’obscurité. Je les avais suivis et j’avais vu la bagarre entre les deux hommes. L’un d’eux avait sorti un couteau et poignardé l’autre. Il avait ensuite mis le couteau entre les mains de Yann et s’était enfui. Elle, elle s’était écartée de Yann en hurlant et il avait lâché le couteau. Quelqu’un était arrivé, des lumières apparaissaient aux fenêtres. La police n’avait trouvé que les empreintes de Yann. Elle, elle s’était évanouie. J’avais assisté à la scène, derrière le mur. Je me souviens de tout. Je raconte tout. La séance est ajournée le temps de vérifier mon témoignage. Mais Yann a été quand même condamné car l’assassin, que la police a retrouvé, avait un alibi.
Je n’ai pas pu sauver Yann. Je viens le voir tous les jours en prison.


En passant dans la rue, je les vois attablés dans un café, l’un en face de l’autre, ils se tiennent la main, les yeux dans les yeux et se caressent le visage. Puis il se lève, l’embrasse et sort du café. J’arrive droit sur elle :
Qu’est-ce que tu fais avec ce type ?
Tu parles de qui ? tu vois bien que je suis seule.
Ne me prends pas pour une idiote, je viens de voir sortir le meurtrier et je vous ai vu vous embrasser et vous faire des mamours.
Ah oui et après, qu’est-ce que ça peut bien te faire ?
Tu plaisantes j’espère ? tu sors avec le meurtrier pendant que Yann est en prison ?
Et après ? tu as essayé de le faire plonger mais les flics n’ont rien contre lui, des témoins ont vu Yann avec le couteau et il n’y a que ses empreintes dessus.
Nadine, tu sors avec le meurtrier depuis combien de temps, dis-le moi.
Mais de quoi je me mêle ?
Tu te rends compte que Yann est en prison pour un meurtre qu’il n’a pas commis, tu n’as pas le droit de faire ça, tu sors avec l’assassin et tu laisses Yann qui est ton mec être accusé à sa place !
Oh, fous-moi la paix !
Je m’approche tout près de son visage : tu es un monstre, comment tu peux laisser Yann moisir en prison et coucher avec le meurtrier ? comment…
Je t’ai dit de me foutre la paix ! lâche-moi avec ce con de Yann !
Elle se lève et me glisse à l’oreille : si tu ne veux pas qu’il t’arrive des ennuis, fous-nous la paix avec Marc. Et elle sort du café.
J’ai pris alors rendez-vous avec l’avocat de Yann : vous avez des preuves de ce que vous dites ?
Oui, j’ai enregistré la conversation.
Nous ne pouvons pas nous servir d’un enregistrement malheureusement comme preuve mais nous pouvons essayer de lui faire peur.
il a convoqué Nadine dans son bureau. J’étais là aussi. En entendant notre conversation, elle a blêmi. J’ai ajouté :
Nadine, Yann s’est pendu hier dans sa cellule. tu risques d’être accusée de complicité.
Alors elle a craqué : on voulait seulement que Yann m’épouse pour avoir son argent. C’est un accident. Marc nous suivait et y a ce type qui cherchait la bagarre. C’est seulement un accident.
Après une nouvelle enquête, la police a découvert que la victime était un voyou de quartier. La fausse pendaison de Yann n’avait été qu’un prétexte pour faire parler Nadine.
Lorsque Charlotte sera plus grande, je lui raconterai comment maman a sauvé la vie de son père.

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