Une vie de château

Challenge écriture 13

Challenge d'écriture proposé par Marie Kléber.
Challenge d’écriture proposé par Marie Kléber.

Pour cette première semaine (#13), nous allons partir d’un livre que vous connaissez peut-être – Un secret de Philippe Grimbert que je vous recommande en passant – et d’une phrase, qui sera la première phrase de votre texte: « Louise m’avait permis de reconstituer l’idylle de mes parents coupables. J’avais quinze ans, je savais ce que l’on m’avait caché et à mon tour je me taisais, par amour. »

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Louise m’avait permis de reconstituer l’idylle de mes parents coupables. J’avais quinze ans, je savais ce que l’on m’avait caché et à mon tour je me taisais, par amour. Parce que je n’avais pas le droit de les juger. Et puis, entre nous, s’ils n’avaient pu s’aimer, je ne serais pas ici… Je comprenais, enfin j’essayais. C’est vrai qu’au moment où Louise a lâché le morceau, j’ai eu un haut-le-cœur. Mais après une petite digestion, je mesure mieux leur geste. Non seulement je le mesure et je compatis. Une fois, petite, j’avais demandé à papa ce qu’il avait sur la main et le bras. Pourquoi ces morceaux de peau un peu boursouflés. Il avait jeté un œil furtif à maman et elle avait répondu : il s’est brûlé en préparant un barbecue, les flammes étaient trop grandes. En grandissant, je me disais que j’avais de la chance d’avoir un papa et une maman qui s’aimaient tellement. Ils étaient toujours collés l’un à l’autre, ils faisaient tout pour se faire plaisir, par exemple, papa achetait tous les dimanches, un énorme bouquet de fleurs à maman et elle, elle lui préparait un magnifique repas avec tout ce qu’il aimait et même si c’était un plat que je n’aimais pas, elle me disait que papa l’adorait et qu’il me fallait apprendre à l’apprécier aussi. Ils partaient souvent en week-end et me laissait chez mamie, ma mamie chérie, la mère de maman, qui me faisait de super gâteaux et jouait avec moi aux petits chevaux. Je savais qu’ils m’aimaient, je n’en doutais pas une seconde mais je pense qu’ils préféraient encore plus être tous les deux. Je n’étais pas malheureuse et c’était tellement beau de les voir si amoureux. Il y a bien eu des histoires de famille, comme partout, eh bien, à chaque fois que quelqu’un s’attaquait à l’un d’eux, l’autre le défendait corps et âme. Même qu’une fois, on est parti précipitamment parce que maman était critiquée et papa n’a pas supporté, il nous a demandé d’aller dans la voiture et hop, direction maison. Je n’ai jamais entendu la moindre dispute entre eux, c’était impossible chez nous. Un jour, alors que nous venions de voir au cinéma un joli dessin animé, j’avais demandé à papa comment il avait demandé maman en mariage. Il m’a raconté qu’il l’avait emmené dans un beau château. J’avais trouvé ça romantique. La suite l’est beaucoup moins maintenant que je sais… Louise a parlé.
Papa était fou amoureux de maman. Seulement ses parents n’étaient pas d’accord qu’un noble fréquente une fille d’ouvriers. Alors, ils ont interdit à papa de la revoir mais bien sûr, il n’a pas obéi. Ils se voyaient en cachette. Jusqu’au jour où ma grand-mère paternelle les a surpris s’embrassant dans une petite rue, sous un arbre. Elle a foncé sur maman, l’a giflé, papa a défendu maman en repoussant ma grand-mère. Elle a menacé mes grand-parents maternels de porter plainte contre eux, sous n’importe quel prétexte, s’ils n’envoyaient pas maman loin d’ici. Elle a même voulu leur donner de l’argent, beaucoup d’argent. Maman a tout entendu, elle s’était cachée lorsque la châtelaine est arrivée. Elle a alors tout raconté à papa. Il y a eu une terrible dispute entre papa et ses parents. Et un accident. Dans l’agitation, ma grand-mère s’est trop approchée des flammes du feu de cheminée et sa robe a pris feu. Mon père a voulu la secourir mais elle hurlait et se débattait. Mon grand-père a réussi à étouffer les flammes et il a chassé mon père. Heureusement, mes grand-parents maternels l’ont accueilli comme un fils. C’est la dernière fois qu’il a vu ses parents car sa mère s’est suicidée quelque temps plus tard et son père n’a jamais voulu le revoir.
Je ne leur dirais pas ce que mamie Louise m’a raconté. Parce que je n’ai pas le droit de les juger. Je les aime.

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